lundi 1 août 2016

Londres met Hinkley Point en suspens, Pékin le déplore


PEKIN (Reuters) - Le ministère chinois des Affaires étrangères a dit lundi espérer une décision rapide de Londres en faveur de la construction de réacteurs nucléaires de type EPR à Hinkley Point, actuellement suspendue à une décision du gouvernement britannique.

L'accord lançant définitivement ce chantier, confié au groupe français EDF avec une participation de CGN (China General Nuclear) représentant un tiers de l'opération, devait initialement être signé vendredi dernier.

Mais la nouvelle Première ministre britannique, Theresa May, est personnellement intervenue pour repousser la conclusion de cet accord, dit-on de source gouvernementale britannique.

D'après un ancien membre du gouvernement, les réticences de Theresa May, arrivée le mois dernier à Downing Street, s'expliquent par la présence d'un investisseur chinois dans le montage.

L'exécutif britannique fera connaître sa décision finale à l'automne, une fois le dossier réexaminé en détail.

"Je tiens à souligner que ce projet a reçu l'adhésion de la Chine, du Royaume-Uni et de la France dans un esprit de bénéfice mutuel, de collaboration et de coopération gagnant-gagnant", a réagi Hua Chunying, porte-parole de la diplomatie chinoise, dans un communiqué transmis à Reuters.

La Chine "espère que le Royaume-Uni parviendra à une décision aussi rapide que possible afin de garantir une mise en oeuvre sans accroc du projet", a-t-elle ajouté, sans entrer dans le détail.

Dans un éditorial rédigé en anglais, l'agence de presse officielle Chine nouvelle dit comprendre le besoin de la Grande-Bretagne de se donner un délai de réflexion supplémentaire.

"Cependant, la Chine ne peut pas comprendre 'l'approche méfiante' et sans fondement vis-à-vis de l'investissement chinois", peut-on lire dans ce texte, qui n'est pas l'oeuvre du gouvernement mais donne une idée de l'avis partagé en haut lieu à Pékin.

Le projet Hinkley Point est censé créer des milliers d'emplois et permettrait au Royaume-Uni de subvenir à ses besoins énergétiques à la suite de la fermeture de ses centrales à charbon prévue en 2025, insiste l'agence de presse.

"DÉFIANCE"

Toujours d'après Chine nouvelle, la construction des réacteurs à Hinkley Point est d'autant plus vitale pour le pays après la décision prise par référendum de quitter l'Union européenne, source d'incertitudes.

"L'ouverture au monde est le moyen de s'en sortir", juge l'agence officielle.

"La Chine est en mesure d'attendre une décision responsable de la part du gouvernement britannique, mais ne peut tolérer les accusations portées contre son désir sincère de conclure des accords gagnant-gagnant", écrit-elle encore.

Chine nouvelle met par ailleurs en garde le gouvernement britannique contre une décision qui pourrait donner l'impression que Londres fait le choix du protectionnisme et détourner ainsi les investisseurs chinois et étrangers.

Le Royaume-Uni et EDF ont ouvert le dossier Hinkley Point en 2013. La participation chinoise a été intégrée deux ans plus tard à l'occasion d'une visite d'Etat à Londres du président chinois Xi Jinping pour célébrer le début d'une nouvelle "période dorée" entre les deux puissances.

A la fin octobre 2015, EDF, son partenaire chinois CGN et le gouvernement britannique ont conclu une série d'accords en vertu desquels l'électricien public français devait détenir 66,5% du projet et CGN 33,5%. Le coût de construction des réacteurs est estimé par EDF à 18 milliards de livres sterling (21,3 milliards d'euros environ).

(Ben Blanchard, Simon Carraud pour le service français)
http://fr.reuters.com/

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire